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le tombeau d'une mère

Rien n'est vrai, rien n'est faux; tout est songe et mensonge,
Illusion du coeur, qu'un vain espoir prolonge.
Nos seules vérités, hommes, sont nos douleurs.
Cet éclair dans nos yeux, que nous nommons la vie,
Brille à peine un moment à notre âme éblouie

         Qu'il s'éteint et s'allume ailleurs.

Plus nous ouvrons les yeux, plus la nuit est profonde ;
Dieu n'est qu'un mot rêvé pour expliquer le monde,
Un plus obscur abîme où l'esprit s'est lancé ;
Que fait en tourbillons dans l'aride carrière
Lever le pied d'un insensé
.

Là, quand l'ange voilé sous les traits d'une femme
Dans le Dieu sa lumière eut exhalé son âme,
Comme on souffle une lampe à l'approche du jour,
A l'ombre des autels qu'elle aimait à toute heure,
Je lui creusai moi-mm une étroite demeure,
Une porte à l'autre séjour. 

Là dort dans son espoir celle dont le sourire
Cherchait encor mes yeux à l'heure où tout expire,
Ce cœur, source du mien, ce sein qui m'a conçu,
Ce sein qui m'allaita de lait et de tendresses,
Ces bras qui n'ont été qu'un berceau de caresses,

 Là dorment 60 ans d'une seule pensée,
D'une vie à bien faire uniquement passée,
D'innocence, d'amour, d'espoir, de pureté,
Tant d'aspirations vers son Dieu répétées,
Tant de foi dans la mort, tant de vertus jetées
En gage à l'immortalité 

Et tout cela pourquoi ?
Pour qu'un creux dans le sable
Absorbât pour jamais cet être intarissable !
Pour que ces vils sillons en fussent engraissés !
Pour que l'herbe des morts dont sa tombe est couverte
Grandît là, sous mes pieds, plus épaisse et plus verte !
Un peu de cendre était assez.

Lamartine

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